Vulve et porcelaine

Marco Polo avait-il les idées mal placées ?  Toujours est-il que c’est dans Le Livre des Merveilles du monde (1298) que l’on trouve pour la première fois le mot porcellana, fabriqué d’après porcella, féminin de porcellus, c'est-à-dire pourceau. Avec cette porcellana, Marco Polo avait-il ramené de Chine une jeune truie d’une espèce nouvelle ? Pas du tout.

Il avait dans ses bagages un coquillage univalve, car d’une seule pièce, et de la porcelaine, encore inconnue en Occident. A ces objets, il leur avait donné le nom de porcellana qui deviendra tout aussitôt porcelaine en France.

Mais pourquoi donc ce nom, qui plus est commun aux deux ?

Entrons sans détour dans le vif du sujet : le coquillage, à cause de sa forme très ressemblante à celle de la vulve de la truie (aux dires des spécialistes !) fut donc appelé porcellana qui, sous son nom francisé, désigne dès le Moyen Âge « un mollusque gastéropode de la famille des cypréidés, coquillage univalve luisant et poli, aux couleurs vives, qui présente une ouverture en forme de fente étroite » selon Le Petit Robert.

Dans la définition de cette porcelaine se trouve la signification de « la matière translucide et imperméable qu’on utilise en céramique fine » grâce à son aspect « luisant et poli ».

Mais pourquoi donc Marco Polo a-t-il ressenti le besoin d’appeler porcellana (c'est-à-dire d’une jeune truie) la vulve à proprement parler de l’animal ? Pourquoi cette association d’idée ?

Tout remonte bien sûr au latin, langue mère de l’italien. Il faut savoir que dans sa Res rusticæ, Varron appelle porca les parties sexuelles d’une fille nubile, que dans son Miles gloriosus, Plaute fait de la femme, au sens figuré et bien entendu vulgaire, une porculæna. Tout cela pour dire que le lien entre la femelle porcine et la femme, jusqu’à son sexe, était déjà dans certains esprits. Alors, de la truie à son intimité, le glissement sémantique s’était effectué sans peine !

Enfin, au risque de choquer, il faut savoir que la vulve de la truie était un mets très prisé chez les Romains, ceux du moins qui possédaient les moyens de se le payer !

Mais histoire de ne pas finir sur une note indigeste, revenons d’un mot sur la porcelaine que tout le monde connaît à Limoges, pour dire qu’il aura fallu quatre siècles afin de percer le secret de la porcelaine chinoise avec la découverte d’une carrière de kaolin, d’abord en Allemagne, puis en France, à Saint-Yrieix la Perche (en Limousin), et que, dans un tout autre ordre d’idée, en ce qui concerne le coquillage, on lui donne, depuis 1740, un nom scientifique, la cyprée, mot formé sur le grec κύπρις (kupris), un des noms de Vénus !